
Six heures quarante. Le conducteur de chantier ouvre son GSM et enregistre d’un bloc les douze ouvriers qui franchissent la barrière. Ça passe encore. À partir du 1er avril 2027, cette habitude devient une infraction : la loi-programme du 30 mai 2026 impose l’enregistrement des entrées et des sorties, en temps réel, par la personne présente elle-même.
Pour un entrepreneur belge, ce n’est pas une case de plus dans un formulaire. C’est une méthode de travail à revoir sur chaque chantier qui dépasse 500.000 euros hors TVA, avec des sous-traitants à embarquer et des équipes à former. Le contexte n’aide pas : selon Embuild, 73 % des entreprises du secteur cherchaient à renforcer ou remplacer leur personnel en août 2025, pour 16.576 postes ouverts. Autant de nouveaux visages à qui apprendre le bon réflexe, chantier par chantier.
L’enregistrement électronique des présences n’a rien de neuf. Il s’applique depuis le 1er avril 2014, sur base des articles 31bis à 31octies de la loi du 4 août 1996 relative au bien-être des travailleurs, insérés par la loi du 8 décembre 2013 et exécutés par un arrêté royal du 11 février 2014. L’objectif de départ était limpide : savoir qui se trouve réellement sur un chantier temporaire ou mobile, et rendre lisibles les chaînes de sous-traitance.
Le principe tient en une phrase. Toute personne qui exécute des travaux immobiliers sur un chantier concerné doit signaler sa présence à l’ONSS, chaque jour, avant de commencer. Ouvrier salarié, indépendant, intérimaire, stagiaire, sous-traitant de troisième rang : le statut ne change rien à l’obligation.
Ce qu’on oublie souvent, c’est que le dispositif dépasse largement le gros oeuvre. Métal, bois, électrotechnique, parachèvement, pose de châssis : dès qu’il s’agit de travaux immobiliers au sens de la réglementation ONSS, l’obligation suit le chantier. La commission paritaire 124 couvre l’essentiel des ouvriers du secteur, mais ce n’est pas elle qui déclenche l’enregistrement. Ce sont la nature des travaux et le montant du chantier.
Le seuil est de 500.000 euros hors TVA, calculé sur le montant total des travaux du chantier. Il a démarré à 800.000 euros en 2014 avant d’être ramené à 500.000, ce qui a fait entrer dans le champ une quantité de rénovations lourdes et de petits immeubles de bureaux.
Le piège est là, et il coûte cher : le montant qui compte est celui du chantier complet, pas celui de votre lot. Un plafonneur qui facture 38.000 euros sur la rénovation d’un immeuble de bureaux bruxellois estimée à 4,2 millions est concerné exactement comme l’entreprise de gros oeuvre. Son marché est modeste ; le chantier, non.
Deux cas pour fixer les idées. Une entreprise de gros oeuvre de la région de Charleroi construit un hall logistique à Courcelles pour 1,8 million d’euros : chantier concerné, enregistrement obligatoire pour ses septante ouvriers comme pour chacun de ses sous-traitants, y compris l’électricien qui passe une demi-journée. La même entreprise rénove ensuite une maison unifamiliale à Gerpinnes pour 180.000 euros : hors seuil, rien à enregistrer. Deux chantiers, deux régimes, la même équipe.
Un cas à part mérite d’être signalé. Les activités de nettoyage suivent un régime distinct, avec une obligation d’enregistrement des entrées et des sorties déjà en vigueur depuis le 1er septembre 2024. Si vous exploitez aussi une activité de nettoyage, tout est détaillé sur notre page consacrée au check-in at work dans le secteur du nettoyage.
| Avant le 1er avril 2027 | À partir du 1er avril 2027 | |
| Mouvements à enregistrer | L’entrée uniquement | L’entrée et la sortie |
| Moment de l’enregistrement | Possible à l’avance, en début de semaine | Au moment réel de la présence, sur place |
| Qui enregistre | L’employeur pouvait le faire pour son équipe | La personne présente s’enregistre elle-même |
| Allers-retours en journée | Sans objet | Chaque mouvement se déclare |
| Service ONSS utilisé | Checkinatwork | Check In and Out at Work |
La bascule est plus profonde qu’un champ supplémentaire à remplir. Enregistrer une sortie oblige à capter un événement qui, par nature, ne se planifie pas : l’ouvrier qui quitte le chantier à 14h30 pour un rendez-vous médical, le chauffeur qui livre du béton et repart, le sous-traitant venu poser une pièce et déjà ailleurs.
Deuxième rupture, moins commentée mais plus lourde : l’enregistrement anticipé disparaît. Terminé, l’enregistrement groupé du lundi matin pour toute la semaine. Terminé aussi, le pointage saisi la veille par le bureau. Seule compte la trace prise au moment de la présence réelle, sur le lieu du chantier.
Le calendrier laisse de l’air, sans plus. Le texte a été publié le 30 mai 2026 et l’ONSS a fixé l’entrée en vigueur au 1er avril 2027 pour laisser le service en ligne et les entreprises se mettre en ordre. Dix mois pour équiper des chantiers, écrire une procédure et former des équipes qui tournent : ce n’est pas énorme.
La réponse tient sur trois étages. Les distinguer compte, parce que les sanctions ne visent pas les mêmes personnes.
Cette répartition a une conséquence très concrète : si l’employeur a rempli ses propres obligations, il n’est pas tenu responsable de l’oubli ou du refus d’un travailleur. Autrement dit, la preuve que vous avez fourni le moyen et l’information devient votre meilleure protection en cas de contrôle.
Chez Shyfter, on voit déjà cette logique à l’oeuvre dans le nettoyage, passé au régime entrée-sortie en septembre 2024. L’erreur qu’on rencontre le plus souvent n’est pas technique, elle est humaine : personne n’a expliqué aux équipes pourquoi il faut aussi pointer en partant. Trois semaines de rappels et le réflexe est acquis. Sans explication, il ne vient jamais.
Les manquements relèvent du Code pénal social, dont les montants ont grimpé au 1er février 2026 : le coefficient des décimes additionnels est passé de 8 à 10. Les fourchettes ci-dessous intègrent cette majoration.
| Manquement | Niveau | Amende administrative | Amende pénale |
| Le travailleur ne s’enregistre pas alors que le moyen est disponible | Niveau 1 | 100 à 1.000 euros | Pas d’amende pénale |
| L’employeur ne met pas le moyen d’enregistrement à disposition | Niveau 3 | 1.000 à 10.000 euros | 2.000 à 20.000 euros |
| Manquement ayant contribué à un accident du travail ou à une atteinte à la santé | Niveau 4 | 3.000 à 35.000 euros | 6.000 à 70.000 euros, avec six mois à trois ans d’emprisonnement possibles |
Ces montants s’entendent par infraction constatée. Sur un chantier de trente personnes contrôlé un matin où le boîtier est en panne et où aucune solution de secours n’a été prévue, l’addition monte vite. Et l’inspection sociale ne prévient pas de sa visite.
L’ONSS met plusieurs canaux à disposition, et le nouveau service se pilote depuis checkinout-management.socialsecurity.be. Vous avez le choix entre une application web, une application mobile utilisable sur le GSM du travailleur, un dispositif installé à l’entrée du chantier, et une connexion par service web depuis un logiciel de gestion.
Le choix n’est pas neutre. Un dispositif fixe tient très bien sur un chantier de longue durée avec une entrée unique ; il devient un casse-tête sur des chantiers courts qui se déplacent, ou quand la clôture change de place trois fois dans le mois. Pour une entreprise qui jongle avec huit chantiers simultanés, la voie mobile couplée à une intégration logicielle reste presque toujours la plus tenable.
C’est exactement le terrain de Check-in and out at Work chez Shyfter : les ouvriers pointent depuis leur GSM ou via un QR code affiché sur place, chaque mouvement est horodaté et géolocalisé, et les données remontent structurées pour la déclaration ONSS. Le même flux alimente le pointage et la préparation de la paie, ce qui évite de ressaisir deux fois les mêmes heures.
Un dernier point, souvent confondu. L’enregistrement des présences ne remplace pas la Dimona. Les deux déclarations coexistent et répondent à deux questions différentes : la Dimona dit qui est occupé chez vous, l’enregistrement dit qui se trouve physiquement sur le chantier ce matin-là. Si la première vous semble encore floue, notre guide Dimona 2026 reprend les délais et les types de déclaration.
Trois chantiers de préparation, dans cet ordre. Identifiez les chantiers en cours et à venir qui franchissent les 500.000 euros. Choisissez ensuite le canal d’enregistrement par type de chantier, pas un canal unique pour tout le parc. Écrivez enfin la procédure, testez-la sur un chantier pilote et faites-la répéter aux équipes avant l’échéance. Le reste suit.
Vous voulez voir à quoi ressemble un enregistrement entrée-sortie qui tient vraiment sur un chantier ? Demandez une démo : on part de vos chantiers et de vos sous-traitants, pas d’un cas d’école.
Non. L’obligation vise les chantiers dont le montant total des travaux atteint ou dépasse 500.000 euros hors TVA. Attention au calcul : c’est le montant global du chantier qui compte, pas celui de votre marché. Un petit lot sur un grand chantier reste donc soumis à l’enregistrement.
À partir du 1er avril 2027, non. L’enregistrement doit être effectué par la personne présente, au moment réel de sa présence et sur le lieu du chantier. L’employeur garde une obligation lourde : fournir le moyen d’enregistrement, informer ses équipes et vérifier que la manoeuvre se fait bien.
C’est la première interrogation que soulèvent nos clients, et elle est légitime : beaucoup de chantiers démarrent en sous-sol ou en zone blanche. Prévoyez un canal de secours dès la préparation, par exemple un dispositif fixe à l’entrée en complément du GSM. L’employeur doit pouvoir démontrer qu’un moyen d’enregistrement était réellement disponible sur place.
Non, les deux obligations se cumulent. La Dimona déclare l’occupation d’un travailleur auprès de l’ONSS ; l’enregistrement des présences signale sa présence physique sur un chantier donné, jour par jour. Supprimer l’une parce que l’autre est faite expose à une sanction sur les deux terrains.