
Dix-huit personnes à placer sur sept jours, la moitié en temps partiel à horaire variable, et aucun budget outil validé pour le trimestre. Vous tapez donc logiciel de planning gratuit dans votre moteur de recherche, et vous tombez sur trente listes qui se recopient les unes les autres. Ce qu’aucune ne vous dit, c’est à quel endroit précis le gratuit lâche quand vous employez du personnel en Belgique.
Le mot logiciel est déjà généreux. Dans la pratique, ce que les gens appellent un planning gratuit recouvre cinq choses très différentes, qui ne jouent pas du tout dans la même catégorie : un fichier tableur, un agenda partagé, un fil de discussion, le palier d’entrée d’un outil payant, et la bonne vieille feuille punaisée près du passe-plat.
Chacune de ces options fait honnêtement une partie du travail. Aucune ne le fait en entier. Et la limite n’arrive pas au moment où vous vous y attendez : ce n’est presque jamais la construction du planning qui pose problème, c’est tout ce qui vient après, quand il faut prouver ce que vous avez communiqué, à qui, et à quelle date.
| Option gratuite | Ce qu’elle fait bien | Ce qu’elle ne fait pas | Limite atteinte vers |
| Modèle Excel ou Google Sheets | Poser une grille, additionner des heures, dupliquer une semaine type | Prévenir l’équipe, dater l’envoi, récupérer les heures réellement prestées | 10 à 15 personnes |
| Agenda partagé Google ou Outlook | Voir qui travaille quand, notifier sur le GSM de chacun | Gérer un horaire variable, chiffrer un coût, sortir un export paie | 8 à 10 personnes |
| Groupe WhatsApp ou photo du planning | Diffuser en trente secondes, tout le monde l’a déjà installé | Constituer une preuve datée, gérer les versions, tenir le RGPD | dès le premier contrôle |
| Palier gratuit d’un outil de planning en ligne | Planifier proprement jusqu’à un plafond d’utilisateurs | Dimona, check-in at work, barèmes sectoriels, export secrétariat social | 5 à 20 utilisateurs selon l’outil |
| Planning papier affiché | Zéro apprentissage, lisible par toute l’équipe | Toute trace exploitable en cas de litige ou d’inspection | immédiatement |
Le tableur reste l’option la plus sérieuse du lot, et de loin. Si c’est votre point de départ, autant le faire correctement : nous avons détaillé la méthode et les formules dans notre guide pour faire un planning sur Excel. Un fichier bien construit tient sans broncher jusqu’à une douzaine de personnes en horaires stables.
Au-delà, ce n’est plus le fichier qui coince. C’est vous.
Prenons une brasserie namuroise que nous suivons depuis deux ans : dix-huit personnes, neuf temps plein en salle et en cuisine, neuf temps partiels à horaire variable, plus deux étudiants le samedi. Le gérant faisait tout sous Excel, et il était persuadé que ça lui prenait une heure par semaine. Nous avons chronométré avec lui pendant un mois. Voici ce que ça donnait réellement.
| Tâche mensuelle | Temps réel | Détail |
| Construction du planning hebdomadaire | 10 h 50 | 2 h 30 par semaine, sur 4,33 semaines |
| Retouches en cours de semaine | 5 h 25 | 1 h 15 par semaine : échanges, maladies, renforts |
| Recopie des heures vers le fichier de paie | 3 h 00 | en fin de mois |
| Correction des écarts renvoyés par le secrétariat social | 1 h 00 | moyenne sur les douze derniers mois |
| Total | 20 h 15 |
Vingt heures et quart par mois. Au coût horaire moyen de la main-d’oeuvre en Belgique, que Eurostat chiffrait à 48,2 euros en 2024, cela représente environ 976 euros par mois, soit un peu plus de 11 700 euros sur l’année. Le coût réel d’un gérant est en général supérieur à cette moyenne nationale, donc considérez ce montant comme un plancher.
Onze mille sept cents euros. Pour un outil gratuit.
Ce calcul ne compte que le temps. Il ne compte pas les deux services sous-staffés du mois de mai parce que personne n’avait vu qu’un extra avait été placé deux fois, ni l’heure supplémentaire payée en trop par erreur de recopie. Si vous voulez mettre un chiffre propre sur ce que vous coûte réellement une heure prestée dans votre établissement, notre méthode de calcul du coût salarial en Belgique sert exactement à ça.
C’est ici que le sujet cesse d’être une question de confort et devient une question de conformité. Un tableur ne connaît pas le droit du travail belge, et c’est précisément ce qu’une inspection viendra vérifier.
Premier point, la notification des horaires variables. Depuis novembre 2022, un employeur qui occupe des travailleurs à temps partiel avec un horaire variable doit communiquer l’horaire journalier à chacun, individuellement, au moins sept jours ouvrables à l’avance. Le SPF Emploi précise que ce délai peut descendre à trois jours ouvrables, mais uniquement via une convention collective sectorielle rendue obligatoire. L’avis doit être écrit, daté, et conservé un an après l’exécution des prestations. Une photo du planning envoyée dans un groupe WhatsApp ne coche aucune de ces trois cases.
Deuxième point, la Dimona. Un extra appelé le vendredi soir pour le service de samedi doit être déclaré avant sa première minute de travail. Quand l’inspection constate l’omission, l’ONSS réclame une cotisation de solidarité forfaitaire dont le montant minimum s’élève à 3 674,09 euros pour 2026, par travailleur non déclaré. Un planning gratuit ne déclenche aucune déclaration et ne vous rappelle rien ; nous avons détaillé le mécanisme et les recours dans notre page sur les sanctions en cas de non-déclaration Dimona.
Troisième point, et c’est le plus sous-estimé : les sanctions ont changé de dimension. Depuis le 1er septembre 2026, en application de la loi du 16 mars 2026, une infraction de niveau 4 du Code pénal social expose à une amende pénale de 6 000 à 70 000 euros, ou à une amende administrative de 3 000 à 35 000 euros, assortie d’une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans. Les montants se multiplient par le nombre de travailleurs concernés, dans la limite de cent. Pour une équipe de dix personnes mal déclarées, l’arithmétique devient très vite désagréable.
Ce qu’on oublie souvent, c’est que l’inspecteur ne vous demandera pas votre planning. Il vous demandera de prouver que vous l’avez communiqué à temps. Et un fichier Excel, par nature, se modifie sans laisser de trace.
Il n’y a pas de seuil magique en nombre de salariés, contrairement à ce qu’on lit partout. Ce qui fait basculer un établissement, c’est la combinaison de trois facteurs : le nombre de contrats différents, le nombre de changements par semaine, et le nombre de personnes qui doivent consulter le planning en dehors du bureau.
Une pharmacie de six personnes en horaires fixes tiendra très bien sur un tableur pendant des années. Une entreprise de nettoyage liégeoise de vingt-deux personnes réparties sur onze sites clients, avec des horaires décalés et deux tiers de temps partiels, décroche en trois semaines. Nous l’avons vue arriver chez nous avec quatorze fichiers Excel différents, un par client, et aucun moyen de savoir combien d’heures une même personne avait prestées au total sur le mois. C’est le genre de situation où un outil de gestion de planning cesse d’être un luxe pour devenir la seule façon de savoir ce qui se passe réellement dans l’entreprise.
Quelques signaux qui ne trompent pas, tirés de ce qu’on entend en démonstration :
Si trois de ces quatre phrases vous parlent, le gratuit vous coûte déjà plus cher que le payant.
Chez Shyfter, on voit souvent des gérants comparer les outils sur le nombre de fonctionnalités annoncées. C’est l’erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse. Septante pour cent de ces fonctionnalités ne serviront jamais dans un établissement de vingt personnes.
Trois questions suffisent à trier. La première : est-ce que l’outil connaît la réglementation belge, ou est-ce un produit international traduit en français ? La différence se voit immédiatement sur la Dimona, sur le check-in at work et sur les barèmes des commissions paritaires. La deuxième : est-ce que les heures réellement prestées remontent toutes seules, ou faudra-t-il continuer à recopier ? C’est tout l’enjeu du pointage, et c’est là que se joue la moitié des vingt heures mensuelles calculées plus haut. La troisième : est-ce que votre secrétariat social est connecté, ou allez-vous exporter un fichier à la main tous les mois ?
Un outil qui répond oui aux trois vous rend du temps dès le premier mois. Un outil qui répond non aux trois, même gratuit, vous coûtera ce que vous coûte déjà votre tableur.
Autre point, plus terre à terre : regardez qui installe l’outil. Une équipe de salle change beaucoup, et un logiciel que le personnel n’adopte pas en une semaine ne sera jamais adopté. Demandez à voir l’application côté travailleur avant de regarder l’interface côté gérant. C’est contre-intuitif, mais c’est le bon ordre.
Envie de savoir en trente minutes ce que ça donnerait sur votre propre planning, avec vos contrats et vos commissions paritaires ? Réservez une démo gratuite : on construit une semaine type avec vous, sans engagement.
Pas pour une équipe salariée en Belgique. Les paliers gratuits des outils du marché plafonnent presque tous entre cinq et vingt utilisateurs, et aucun n’inclut la Dimona, le check-in at work ni l’export vers un secrétariat social. Les seules options réellement illimitées et sans frais restent le tableur et l’agenda partagé, avec les limites décrites plus haut.
Oui, la loi n’impose aucun format particulier. Ce qu’elle impose, c’est le résultat : un avis écrit et daté, communiqué individuellement à chaque travailleur à temps partiel au moins sept jours ouvrables avant les prestations, et conservé un an. Un fichier Excel peut y arriver si vous doublez chaque publication d’un envoi daté et archivé. Dans la pratique, très peu d’employeurs tiennent ce rythme sur douze mois.
Comptez une douzaine de personnes en horaires stables, et moitié moins dès qu’il y a des temps partiels variables, des extras ou plusieurs sites. Le facteur déclenchant n’est pas l’effectif mais le nombre de modifications hebdomadaires : au-delà de cinq changements par semaine, le suivi manuel devient plus long que la construction du planning elle-même.
Vous pouvez modifier un horaire déjà notifié, mais la modification doit à son tour respecter le délai de notification applicable, sauf accord du travailleur concerné. C’est précisément le point que l’inspection sociale vérifie, et c’est là qu’un outil horodaté fait la différence : il conserve l’historique de chaque version et la date d’envoi, ce qu’un fichier modifiable ne fera jamais.