
Trois lettres. Tout le monde croit les connaître, et pourtant elles sèment la pagaille dans les plannings français depuis vingt-cinq ans. Une PME industrielle de 45 salariés à Clermont-Ferrand, un cabinet d'expertise comptable à Lyon, une enseigne de prêt-à-porter dans le centre de Lille : trois employeurs, trois façons différentes de compter les RTT, et souvent trois erreurs au moment de la paie.
Le RTT n'est pas un congé. Ce n'est pas non plus une heure supplémentaire. C'est un jour de repos qui compense un temps de travail hebdomadaire supérieur à la durée légale. La nuance paraît théorique. Elle ne l'est pas. Mal comptés, mal posés ou mal payés, les jours de RTT déclenchent des litiges prud'homaux et des régularisations qui remontent loin.
Selon la DARES, la durée habituelle de travail d'un salarié à temps complet en France tourne autour de 39 heures par semaine, bien au-delà des 35 heures légales. Autrement dit : une grande partie des salariés à temps plein génèrent des RTT, parfois sans même le savoir. Ce guide reprend tout ce qu'il faut maîtriser en 2026. La définition, le calcul, la prise, le rachat, les absences. Avec des cas réels.
Le RTT, ou jour de réduction du temps de travail, est un jour de repos accordé au salarié dont la durée de travail dépasse 35 heures par semaine sans atteindre le régime des heures supplémentaires. Le principe est simple. Le salarié travaille plus que la durée légale, et au lieu de payer chaque heure en supplément, l'entreprise lui rend ce temps sous forme de journées de repos.
Petit retour en arrière. La loi Aubry du 19 janvier 2000 a fixé la durée légale du travail à 35 heures hebdomadaires, codifiée aujourd'hui à l'article L3121-27 du Code du travail. Beaucoup d'entreprises n'ont pas réduit le temps de présence réel de leurs équipes. Elles ont gardé un rythme à 37, 38 ou 39 heures, et compensé l'écart par des jours de repos répartis sur l'année. Voilà l'origine des RTT.
Concrètement, un accord d'entreprise ou de branche organise cet aménagement du temps de travail sur une période supérieure à la semaine, dans le cadre des articles L3121-41 et suivants. C'est ce même mécanisme qui sert à la modulation du temps de travail, avec laquelle les RTT sont d'ailleurs souvent confondus.
Trois compteurs, trois logiques. Les congés payés s'acquièrent à raison de 2,5 jours ouvrables par mois travaillé, indépendamment de l'horaire. Les RTT, eux, naissent uniquement du dépassement des 35 heures. Quant aux heures supplémentaires, elles concernent les heures effectuées au-delà de la durée légale et payées avec majoration, hors dispositif RTT.
L'erreur qu'on rencontre le plus chez nos clients ? Mélanger RTT et heures supplémentaires sur le même bulletin. Une heure peut basculer dans l'un ou l'autre régime, jamais les deux. Si vous voulez creuser la frontière entre durée contractuelle et heures payées en plus, on a détaillé le mécanisme dans notre guide sur les heures complémentaires.
Il existe deux grandes méthodes, et le choix dépend de l'accord applicable. Aucune n'est universelle. Vérifiez toujours votre accord avant de poser un chiffre dans un compteur.
C'est la plus répandue. L'accord fixe à l'avance un nombre de jours de RTT pour l'année, peu importe le détail des semaines. Le raisonnement part de l'écart hebdomadaire.
Prenons la PME de Clermont-Ferrand, rythme à 39 heures. L'écart avec la durée légale est de 4 heures par semaine. Sur une année, en retirant les cinq semaines de congés payés, il reste environ 47 semaines travaillées. Quatre heures multipliées par 47, cela fait 188 heures à rendre. Divisées par une journée moyenne de 7,8 heures, on arrive à un peu plus de 24 jours. Après prise en compte de la journée de solidarité, l'accord retient le plus souvent 23 jours de RTT par an. Pour un rythme à 37 heures, l'écart tombe à 2 heures hebdomadaires, et le compteur atterrit autour de 12 jours.
Ici, rien n'est figé d'avance. Le RTT s'acquiert semaine après semaine, au prorata des heures réellement effectuées au-delà de 35 heures. Une semaine à 39 heures crédite le compteur. Une semaine d'absence ne crédite rien.
Cette méthode est plus juste, mais aussi plus exigeante. Sans suivi fiable des heures, impossible de tenir un compteur fiable. C'est précisément là que le pointage horodaté prend tout son sens : il alimente le calcul au réel sans ressaisie, et il tient devant un contrôle.
Les cadres autonomes relèvent souvent d'un forfait annuel en jours, plafonné à 218 jours travaillés par an au titre des articles L3121-58 et suivants. Pour ne pas dépasser ce plafond, on leur attribue des jours de repos. Ces jours sont parfois appelés RTT par habitude, même si le terme exact est jour de repos du forfait.
Le cabinet comptable lyonnais évoqué plus haut applique un forfait à 218 jours. Sur une année qui compte 365 jours, en déduisant les week-ends, les congés payés et les jours fériés, il reste une dizaine de jours de repos à poser. Le calcul varie chaque année selon le positionnement des fériés. C'est un point que beaucoup de RH oublient : le nombre de jours de repos d'un cadre au forfait n'est pas fixe, il se recalcule tous les ans.
Question piège, et source de tensions récurrentes. La réponse dépend de l'accord, mais le Code du travail pose une règle de bon sens : une partie des RTT est laissée au choix du salarié, l'autre est fixée par l'employeur.
Dans la pratique, la répartition la plus fréquente partage les jours en deux moitiés. La direction positionne ses RTT sur les périodes creuses ou les ponts, le salarié pose les siens avec un délai de prévenance défini dans l'accord. Tantôt une semaine, tantôt deux. Un RTT imposé du jour au lendemain, sans base dans l'accord, est contestable. Et un salarié bien conseillé le contestera.
À retenir : sans accord clair sur la répartition employeur/salarié, le moindre désaccord se règle au tribunal. Mieux vaut un cadre écrit, même imparfait.
Que devient un jour de RTT que personne n'a posé au 31 décembre ? Tout dépend, encore une fois, de l'accord. Trois issues possibles.
La première, la plus dure : la perte sèche. Si l'accord prévoit que les RTT non pris sont perdus en fin de période, ils le sont, sauf si l'employeur a empêché le salarié de les prendre. Dans ce dernier cas, la jurisprudence impose une indemnisation. La deuxième issue : le report, lorsque l'accord ou un compte épargne temps le permet. La troisième : le rachat.
C'est la nouveauté qui a beaucoup fait parler. La loi pouvoir d'achat du 16 août 2022 a ouvert la possibilité, pour le salarié, de demander le rachat de ses jours de RTT non pris. L'employeur reste libre d'accepter ou non. Les jours rachetés sont payés avec une majoration au moins égale à celle de la première heure supplémentaire.
Le dispositif visait les RTT acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2025. Point important pour 2026 : avant de promettre un rachat à une équipe, vérifiez l'état du texte et son éventuelle prolongation, car la fenêtre fixée par la loi initiale s'est refermée fin 2025. Côté cotisations, les RTT monétisées suivent le régime des heures supplémentaires, avec réduction de cotisations salariales et exonération d'impôt sur le revenu dans la limite annuelle commune de 7 500 euros, plafond partagé avec les heures sup. La gestion de ces lignes rejoint celle des heures supplémentaires, et elle a tout intérêt à être automatisée.
Voilà le terrain le plus glissant. Une absence pour maladie réduit-elle le nombre de RTT ? En méthode au réel, oui, sans discussion : pas d'heures travaillées au-delà de 35, pas de RTT généré. En méthode au forfait, la réponse dépend de l'accord, mais la règle dominante veut qu'une absence non assimilée à du temps de travail effectif vienne réduire proportionnellement le crédit annuel.
Prenons un cas concret. Un technicien de l'enseigne lilloise s'absente trois semaines pour un arrêt maladie. Sur un forfait de 23 RTT, son compteur sera réduit au prorata des semaines non travaillées. L'enseigne qui oublie ce calcul verse des RTT indus, qu'elle aura le plus grand mal à récupérer ensuite. Et ce genre de trop-versé, multiplié par une centaine de salariés, finit par peser lourd.
Les congés payés, eux, n'entament pas le compteur RTT puisqu'ils ne sont pas une absence au sens strict. La maternité, les accidents du travail et certaines absences assimilées suivent des règles propres. En cas de doute, l'accord prime, puis la convention de branche.
Le bon réflexe en gestion d'équipe : faire parler ensemble trois sources de vérité, le contrat, le planning et le pointage. Tant qu'elles restent dans trois fichiers séparés, l'erreur n'est qu'une question de temps. Excel, encore lui, ne sait pas distinguer une semaine à 39 heures réellement travaillée d'une semaine avec deux jours d'arrêt. Il compte pareil. Le compteur dérive, et personne ne s'en aperçoit avant le solde de décembre.
Notre retour du terrain, après plusieurs milliers de plannings observés dans l'industrie et le retail français : l'écrasante majorité des écarts de RTT vient d'une absence de mise à jour automatique du compteur quand un salarié est absent ou qu'un horaire change en cours d'année. Le compteur vit sa vie pendant que la réalité évolue. Au moment du décompte annuel, l'écart est déjà installé.
Un outil de planning bien réglé connaît la durée contractuelle de chaque salarié, calcule l'acquisition de RTT au fil des semaines, et ajuste le compteur dès qu'une absence est saisie. Côté paie, l'export ventile proprement les RTT pris, les RTT rachetés et les heures supplémentaires, sans recalcul manuel. C'est exactement ce que Shyfter automatise en lecture du contrat et du pointage. Compteurs RTT à jour en temps réel, alertes avant dépassement, export compatible avec les principaux logiciels de paie. Si vous voulez voir ce que ça donne sur vos propres plannings, demandez une démo gratuite en quinze minutes.
Non. Le RTT n'est pas un droit automatique. Il dépend d'un accord d'entreprise ou de branche qui organise un temps de travail supérieur à 35 heures compensé par des jours de repos. Un salarié à 35 heures pile ne génère aucun RTT. Un salarié à 39 heures sans accord d'aménagement relève, lui, du régime des heures supplémentaires, pas des RTT.
Le calcul donne environ 23 jours par an pour un rythme à 39 heures, après prise en compte des congés payés et de la journée de solidarité. Ce chiffre n'est pas gravé dans le marbre : il varie selon l'accord applicable et la méthode de calcul retenue, au forfait ou au réel. Vérifiez toujours votre accord avant d'inscrire un nombre dans le compteur.
Oui, mais seulement pour la fraction de RTT qui lui revient selon l'accord, et en respectant le délai de prévenance prévu. L'autre fraction reste au choix du salarié. Imposer un RTT hors de ce cadre, ou sans délai, expose l'employeur à une contestation prud'homale.
Pas automatiquement. Si l'accord prévoit leur perte, ils sont perdus, sauf si l'employeur a empêché le salarié de les poser. Le rachat reste possible quand un dispositif légal ou conventionnel l'autorise, avec l'accord des deux parties. À défaut, le report via un compte épargne temps est la seule porte de sortie.
En général, oui. En méthode au réel, l'absence ne génère aucun RTT puisque aucune heure n'est travaillée au-delà de 35. En méthode au forfait, la plupart des accords prévoient une réduction proportionnelle du crédit annuel pour les absences non assimilées à du temps de travail effectif. Les congés payés, eux, n'entament pas le compteur.