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Chômage temporaire en Belgique : le guide employeur 2026

Par

Audrey Walravens

HR & Accounting Manager

Mis à jour le :

29/7/2026

En février 2026, l'ONEM a indemnisé 138 138 travailleurs en chômage temporaire. Un an plus tôt, ils étaient 158 529, soit une baisse de 12,9 % sur douze mois. Le recours diminue, mais il reste massif.

Le chômage temporaire n'est pas un plan de crise. C'est une suspension du contrat de travail prévue par la loi : le contrat continue d'exister, le travailleur reste le vôtre, seule la prestation s'arrête et l'ONEM prend le relais sur le revenu. Vous pouvez l'activer quand les commandes s'effondrent, quand la chambre froide lâche, quand une inondation ferme votre salle.

Là où ça se complique, c'est sur la forme. Un délai de notification raté, une communication mensuelle oubliée, et vous payez le salaire complet des jours que vous pensiez avoir suspendus.

Ce que le chômage temporaire suspend, et ce qu'il ne suspend pas

La prestation s'arrête. Le contrat, non. Cette nuance porte toutes les conséquences pratiques.

Vous ne rompez rien, donc pas de préavis, pas de C4, pas d'indemnité. Le travailleur reste dans vos effectifs, garde son ancienneté et reprend son poste au jour prévu. En contrepartie, vous ne pouvez pas faire tourner l'équipe autrement pendant ce temps. Trois personnes en chômage économique le mardi, et un extra appelé le même mardi pour le même poste ? Un contrôleur de l'ONEM aura vite fait la lecture.

Le chômage temporaire ne couvre pas non plus l'absence individuelle. Une maladie relève du salaire garanti, un enterrement ou un mariage du petit chômage. Le chômage temporaire répond à un problème d'entreprise, pas à un problème de personne.

Les causes que l'ONEM accepte

Six situations ouvrent le droit, et chacune a sa propre procédure :

  • Le manque de travail pour causes économiques. La cause reine, et de loin la plus utilisée dans l'horeca et le retail. Chiffre d'affaires en baisse, carnet de commandes vide, saison creuse.
  • Les intempéries. Gel, pluie, canicule qui rendent le travail impossible. Très présent dans la construction, quasi inexistant en salle.
  • L'accident technique. Une panne qui immobilise l'outil de production. Le four à pain qui grille, la ligne de découpe hors service.
  • La force majeure. Un événement soudain et indépendant de votre volonté : inondation, incendie, arrêté de fermeture.
  • La grève ou le lock-out.
  • La fermeture collective pour vacances annuelles, quand le travailleur n'a pas assez de jours de congé pour la couvrir.

Le choix de la cause n'est pas cosmétique. Il détermine le délai de notification, le taux d'allocation et les codes que votre secrétariat social devra encoder. Un traiteur wavrien qui déclare en « force majeure » un mois de janvier prévisible depuis septembre s'expose à une requalification.

Ouvriers et employés : deux régimes qui n'ont pas les mêmes exigences

C'est ici que la plupart des dossiers déraillent, parce que la règle n'est pas symétrique.

Le régime ouvriers

Pour un ouvrier, le manque de travail pour causes économiques suffit. Vous notifiez, vous respectez les délais, vous déclarez. Pas de condition préalable lourde à démontrer.

Le régime employés

Pour un employé, la barre est nettement plus haute : vous devez être reconnu comme entreprise en difficulté. Cela passe par un recul du chiffre d'affaires, de la production ou des commandes, par un recours important au chômage temporaire chez vos ouvriers, ou par une reconnaissance ministérielle. Et il vous faut un cadre : soit la CCT n° 183, soit une convention collective sectorielle ou d'entreprise, soit un plan d'entreprise.

Beaucoup de PME découvrent l'asymétrie au pire moment : elles veulent suspendre une équipe entière et réalisent que sa moitié administrative ne l'est pas.

Combien de temps pouvez-vous suspendre

Trois configurations, trois plafonds. La règle du jeu tient à la manière dont vous découpez la semaine.

La suspension totale plafonne à quatre semaines, soit 28 jours calendrier. Au-delà, vous devez réintroduire une semaine complète de travail effectif avant de repartir sur un nouveau cycle.

Le régime de travail à temps réduit se scinde en deux. En « grande suspension », c'est-à-dire moins de trois jours de travail par semaine ou moins d'une semaine de travail sur deux, vous tenez trois mois, puis une semaine de travail obligatoire. En « petite suspension », donc au moins trois jours par semaine ou au moins une semaine sur deux, vous montez jusqu'à douze mois.

Cette semaine de travail obligatoire n'est pas une formalité qu'on coche. Elle doit être réellement prestée, et c'est précisément le genre de détail qui se perd quand le planning vit dans un fichier Excel repassé de main en main.

La procédure, dans l'ordre

Pour le manque de travail pour causes économiques chez les ouvriers, vous devez notifier au moins sept jours calendrier avant le premier jour de chômage prévu. Le jour de la notification et le premier jour de chômage ne comptent pas dans ce délai. La notification se fait par affichage dans l'entreprise ou individuellement, et la communication à l'ONEM part le même jour, par voie électronique via le portail de la sécurité sociale.

Ensuite viennent trois obligations qui se répètent.

La DRS scénario 2 se dépose dès qu'un travailleur est mis en chômage temporaire pour la première fois, ou après une interruption de trente-six mois ou plus. Le travailleur en reçoit une copie.

Chaque mois, pour chaque travailleur concerné, vous communiquez à l'ONEM le premier jour effectif de chômage du mois. C'est l'étape la plus oubliée du dispositif, et celle qui coûte le plus cher.

Après la fin du mois, la DRS scénario 5 déclare le nombre d'heures pendant lesquelles chaque travailleur a été en chômage temporaire, avec le code correspondant à la cause invoquée. Ce sont ces heures qui déclenchent le paiement par l'organisme de paiement du travailleur.

Ce que touche le travailleur, ce que vous ajoutez

Le taux dépend de la cause. En force majeure, l'allocation vaut 65 % de la rémunération plafonnée. Dans les autres cas, dont le manque de travail pour causes économiques, on est à 60 %.

La rémunération prise en compte est plafonnée à 3 500,99 EUR bruts par mois depuis l'indexation du 1er mars 2026. Concrètement, l'allocation journalière brute ne dépasse pas 80,79 EUR à 60 % et 87,52 EUR à 65 %. Un chef de partie payé 4 200 EUR ne touchera donc pas plus de quatre-vingts euros et des centimes par jour. Sur toutes les allocations de chômage temporaire, une retenue de 26,75 % est opérée au titre de précompte professionnel.

Prenons un restaurant bruxellois de 18 couverts, du côté d'Etterbeek. Un commis payé 3 000 EUR bruts, mis en chômage économique quatre jours en février : la base reste son salaire réel puisqu'il est sous le plafond, l'allocation journalière brute tourne donc autour de septante euros. C'est 60 % de 3 000 EUR ramenés à un régime de 26 jours.

Mais l'allocation ONEM n'est pas toute l'histoire, et c'est là que beaucoup d'employeurs se font surprendre.

Depuis 2024, un complément supplémentaire de 5,20 EUR par jour de chômage temporaire compense la baisse du taux à 60 %. Montant indexé, en vigueur au 1er janvier 2026. Il est dû dès le premier jour si le salaire brut mensuel du travailleur ne dépasse pas 4 284 EUR, et seulement à partir du vingt-septième jour au-delà de ce seuil. Il subit le précompte de 26,75 % mais aucune cotisation sociale.

À côté de ça, vous devez un supplément aux allocations, d'un minimum de 2 EUR par jour, sauf si une CCT rendue obligatoire en met la charge sur le fonds de sécurité d'existence de votre secteur. Pour les employés, la CCT n° 183 fixe un minimum de 6,74 EUR par jour, montant indexé au 1er janvier 2026 et applicable jusqu'au 30 juin 2029. Sous plan d'entreprise, le plancher descend à 5 EUR par jour pour les employés, sans pouvoir être inférieur à ce que touchent les ouvriers.

Reprenons le traiteur de Wavre, douze personnes, un mois de janvier sans événement. Huit ouvriers suspendus quatre jours chacun, c'est trente-deux jours de chômage à indemniser. Rien que sur les compléments à votre charge, le minimum légal de 2 EUR par jour représente 64 EUR, et le complément supplémentaire de 5,20 EUR encore 166,40 EUR. Des montants modestes pris isolément ; sur un trimestre creux et une équipe de trente, la ligne devient visible dans les comptes.

La carte de contrôle électronique eC3.2

Depuis le 1er janvier 2025, la carte papier C3.2A est terminée. Vous ne pouvez plus en délivrer.

Le travailleur active désormais sa carte électronique eC3.2 lui-même, depuis son GSM, dès le premier jour effectif de chômage du mois. Il la valide auprès de son organisme de paiement au plus tard le dernier jour ouvrable du mois. Dans la construction, l'activation se fait au premier du mois, qu'il y ait chômage ou non.

Deux points à connaître :

  • Le travailleur qui ne peut pas accéder au système (GSM perdu, itsme bloqué) introduit un formulaire C3E-Révocation via son organisme de paiement. Si l'ONEM accepte, vous recevez des cartes papier C3.2A pour le mois en cours et le suivant, sans obligation de tenir un livre de validation.
  • Les entreprises de travail adapté et ateliers sociaux (CP 327) gardent la carte papier sans limite de durée. C'est la seule exception permanente.

Chez Shyfter, on voit régulièrement le même grain de sable : le gérant a bien fait sa notification et sa DRS, mais deux travailleurs n'ont jamais activé leur eC3.2 parce que personne ne leur a expliqué la manipulation. L'allocation ne tombe pas, l'équipe pense à une erreur de paie, et la confiance se dégrade sur un sujet purement technique. Une consigne écrite dans l'app, envoyée le jour de la notification, règle le problème en trois lignes.

Là où les contrôles font mal

L'ONEM peut réclamer directement à l'employeur le remboursement du montant brut des allocations versées pour les jours d'inactivité, quand un contrôle établit un usage inapproprié du chômage temporaire. Ce n'est plus le travailleur qu'on va chercher, c'est vous.

Sur le volet formel, une communication mensuelle qui n'est pas en ordre déclenche une sanction salariale : les jours concernés basculent en salaire normal à votre charge. L'ONEM prévient d'abord, et une régularisation rapide reste possible en envoyant les données manquantes. Autant ne pas compter là-dessus.

Côté travailleur, une déclaration inexacte mène à un avertissement ou à une exclusion des allocations de quatre à treize semaines. Autre point souvent ignoré : après trois mois de chômage temporaire, il doit s'inscrire comme demandeur d'emploi auprès du service régional de l'emploi.

Le vrai point de friction : votre planning

Reprenez la liste des obligations : délai de sept jours, semaine de travail obligatoire, premier jour effectif de chômage du mois, heures exactes en DRS scénario 5, activation de l'eC3.2. Toutes reposent sur une seule question : quels jours et quelles heures cette personne a-t-elle réellement prestés ?

Dans l'horeca, l'ONSS classe le personnel de la CP 302 sous le code 017, et la majorité du chômage temporaire du secteur relève des causes économiques. Ce sont donc des équipes à horaires variables, avec des extras, des changements de dernière minute et des permutations entre collègues. Exactement le contexte où un planning papier ne suit plus.

L'erreur qu'on rencontre le plus dans les dossiers horeca n'est pas juridique. Elle est logistique : le planning affiché dit une chose, le pointage en dit une autre, et la DRS déposée en fin de mois dit une troisième. Trois versions de la même semaine, et c'est la version la plus défavorable qui sert de base au contrôle.

Un outil de planning qui garde la trace des jours suspendus, des heures pointées et des modifications supprime la divergence à la racine. L'enregistrement du temps de travail devient la source unique pour la DRS et pour la préparation de la paie. Et si vous gérez un restaurant ou un bar, la notification de chômage temporaire ne vous dispense pas des règles d'affichage du planning sur les jours travaillés.

Envie de voir comment un planning tient la traçabilité d'un mois de chômage économique sans fichier parallèle ? Demandez une démo gratuite, on le montre sur vos propres horaires.

FAQ

Combien de temps peut durer un chômage temporaire en Belgique ?

Quatre semaines, soit 28 jours calendrier, en suspension totale, suivies d'une semaine de travail obligatoire. En régime de travail à temps réduit, trois mois pour une grande suspension (moins de trois jours de travail par semaine ou moins d'une semaine sur deux) et douze mois pour une petite suspension.

Quel délai de notification faut-il respecter ?

Sept jours calendrier au moins avant le premier jour de chômage prévu, pour le manque de travail pour causes économiques chez les ouvriers. Ni le jour de la notification ni le premier jour de chômage ne comptent dans ce délai. La communication à l'ONEM part le jour même de l'affichage ou de la notification individuelle.

Combien touche un travailleur en chômage temporaire en 2026 ?

65 % de la rémunération plafonnée en force majeure, 60 % dans les autres cas. Le plafond est de 3 500,99 EUR bruts par mois depuis le 1er mars 2026, soit une allocation journalière brute maximale de 87,52 EUR à 65 % et de 80,79 EUR à 60 %, moins un précompte professionnel de 26,75 %.

L'employeur doit-il payer un supplément ?

Oui. Un minimum de 2 EUR par jour, sauf si une CCT rendue obligatoire en transfère la charge au fonds de sécurité d'existence du secteur. Pour les employés, la CCT n° 183 fixe le plancher à 6,74 EUR par jour (indexé au 1er janvier 2026, jusqu'au 30 juin 2029), un plan d'entreprise à 5 EUR. S'y ajoute le complément supplémentaire de 5,20 EUR par jour.

Peut-on mettre un employé en chômage économique aussi facilement qu'un ouvrier ?

Non. Le régime employés exige une reconnaissance d'entreprise en difficulté et un cadre juridique : CCT n° 183, convention collective sectorielle ou d'entreprise, ou plan d'entreprise. Le régime ouvriers n'impose pas cette condition préalable.

La carte de contrôle papier existe-t-elle encore ?

Presque plus. Depuis le 1er janvier 2025, l'eC3.2 électronique est obligatoire et vous ne pouvez plus délivrer de C3.2A papier. Deux exceptions : une dérogation individuelle obtenue via le formulaire C3E-Révocation, et les entreprises de la CP 327 (travail adapté et ateliers sociaux), qui gardent le papier sans limite de durée.

Que risque un employeur en cas d'usage abusif ?

L'ONEM peut lui réclamer directement le remboursement du montant brut des allocations payées pour les jours d'inactivité concernés. Autre conséquence : une communication mensuelle non conforme entraîne une sanction salariale, et les jours en cause redeviennent du salaire à votre charge.


Sources : ONEM (chiffres fédéraux des chômeurs indemnisés février 2026 ; chômage temporaire pour manque de travail pour causes économiques - ouvriers ; procédure ; montants bruts au 01.03.2026 ; carte de contrôle électronique eC3.2), SPF Emploi et Travail (chômage temporaire pour raisons économiques), Securex Lex4you (supplément aux allocations de chômage temporaire, montants 2026).

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