
Au 1er janvier 2027, chaque employeur belge devra pouvoir prouver les heures réellement prestées par son personnel. Depuis quelques mois, la question tombe dans presque toutes nos démos : faut-il acheter une pointeuse avant cette date ? La réponse courte est non. La réponse utile, c’est qu’il faudra un système objectif et fiable, et que le tableur rempli le vendredi soir ne passera probablement pas la barre.
Non, pas au sens d’un boîtier accroché au mur. Securex le résume sans détour dans son actualité employeur du 12 mai 2026 : l’enregistrement du temps de travail n’implique pas nécessairement l’utilisation d’une pointeuse. Ce qui devient obligatoire, c’est le résultat, pas l’appareil.
Concrètement, le système retenu devra être objectif, fiable et accessible. Objectif, parce que les données ne doivent pas dépendre de la mémoire du gérant. Fiable, parce qu’elles doivent résister à un contrôle ou à un litige sur des heures supplémentaires. Accessible, parce que le travailleur doit pouvoir consulter ce qui a été enregistré à son nom.
Ces trois mots ne sortent pas de nulle part. Ils viennent de l’arrêt CCOO de la Cour de justice de l’Union européenne du 14 mai 2019 (affaire C-55/18), qui lit la directive 2003/88/CE sur le temps de travail comme une obligation, pour chaque État membre, d’imposer un système de mesure de la durée du travail journalière. La Belgique a pris son temps. Sept ans, pour être précis.
Autre point, souvent mal compris : le texte envisagé n’impose pas forcément le pointage de chaque entrée et sortie. D’après l’analyse publiée par l’UCM, un employeur pourra se limiter à enregistrer les dérogations à un horaire communiqué à l’avance. Si votre planning est juste et publié, vous ne notez que ce qui s’en écarte. Ce qui suppose, évidemment, d’avoir un planning juste et publié.
C’est le point à garder en tête avant de signer quoi que ce soit : au moment où nous écrivons, le texte n’est pas encore voté. Il s’agit d’un avant-projet de loi issu de l’accord budgétaire du gouvernement fédéral, soumis pour avis au Conseil national du travail. Le calendrier annoncé reste le 1er janvier 2027, avec une période de transition jusqu’à la fin du premier trimestre, soit le 31 mars 2027, pour les employeurs qui ne sont pas prêts au 1er janvier.
Mais un avant-projet peut encore bouger. Les exceptions, le format des données, la durée de conservation et le niveau des sanctions ne sont pas figés. Méfiez-vous donc des contenus qui citent déjà un montant d’amende précis pour 2027 : à ce stade, personne ne peut le garantir.
Ce qui semble acquis, en revanche, c’est le champ d’application. L’obligation vise tous les employeurs, publics comme privés, sans seuil de taille. Une sandwicherie de trois personnes est concernée au même titre qu’une chaîne de supermarchés. Les exceptions évoquées sont étroites : personnel de direction, représentants de commerce, travailleurs itinérants.
Moins que ce qu’on craint, et plus que ce qu’on croit. Près de septante pour cent des employeurs ont déjà fait un premier pas : selon l’enquête publiée par Acerta le 24 septembre 2026 auprès de 304 dirigeants d’organisations d’au moins 10 personnes, exactement 69,7 % d’entre eux enregistrent déjà le temps de travail, au moins en partie. Seuls 41,1 % le font pour l’ensemble de leur personnel avec un système numérique ou une application.
Autrement dit, près de six employeurs sur dix ont encore un trou quelque part : une équipe de week-end suivie sur papier, des étudiants notés dans un carnet, des extras dont les heures arrivent par message sur le GSM du responsable. C’est précisément ce trou que la loi vise.
L’enquête montre aussi un pays coupé en deux. 42,8 % des employeurs interrogés sont opposés à la mesure et 37,8 % y sont favorables, le reste étant neutre. En Wallonie, 56,2 % des employeurs soutiennent l’enregistrement obligatoire, en citant un meilleur suivi des heures supplémentaires. En Flandre, 49,7 % y sont opposés.
Prenons une brasserie liégeoise de 22 personnes, dont 8 temps partiels et une poignée d’étudiants le week-end. Aujourd’hui, le patron corrige le planning papier le lundi matin, de mémoire. En 2027, il devra pouvoir montrer, pour chaque jour, qui a presté combien d’heures, et ce que chaque personne a pu vérifier elle-même. Sa mémoire ne sera plus une source.
Chez Shyfter, on voit souvent le même réflexe : un gérant pense qu’il est en règle parce qu’il a un planning. Or un planning dit ce qui était prévu. La loi demande ce qui a été presté. Le tableau ci-dessous compare les méthodes qu’on rencontre sur le terrain, au regard des trois critères du texte.
| Méthode | Objectif | Fiable | Accessible au travailleur | Verdict pour 2027 |
| Feuille papier remplie par le responsable | Non, dépend d’une personne | Faible, corrections invisibles | Rarement | Très risqué |
| Tableur Excel partagé | Non, modifiable par tous | Faible, pas d’historique fiable | Parfois, en lecture | Risqué |
| Planning publié + registre des dérogations | Oui, si les écarts sont notés au jour le jour | Moyen | Oui, si publié | Possible, mais discipline lourde |
| Pointeuse murale ou badgeuse | Oui | Oui | Dépend du logiciel associé | Conforme, coût matériel |
| Application de pointage sur GSM ou tablette | Oui, horodatage automatique | Oui, historique des corrections | Oui, dans l’app | Conforme |
Ce qu’on oublie souvent, c’est que les temps partiels à horaire variable vivent déjà sous un régime proche. Depuis novembre 2022, leur horaire doit être notifié par écrit au moins 7 jours ouvrables à l’avance (3 jours si une CCT sectorielle le prévoit), et l’avis doit être conservé un an après les prestations, selon le SPF Emploi. La loi-programme du 22 décembre 1989 impose en plus de consigner les dérogations à cet horaire. Si vous tenez déjà ce document proprement pour vos temps partiels, vous avez fait une bonne partie du chemin. Notre article sur le travailleur à temps partiel détaille ces règles.
Deux secteurs ont déjà un pied dans le futur. Le nettoyage enregistre les présences via Check in and Out at Work depuis le 1er septembre 2024, et la construction y passe le 1er avril 2027 pour les chantiers visés. Nous avons consacré un article complet au Check-in at Work dans la construction, qui répond à une autre logique : la présence sur chantier, déclarée à l’ONSS.
Tout dépend de votre terrain. Une badgeuse à l’entrée du personnel fonctionne très bien dans un supermarché ou un atelier, où tout le monde passe par la même porte. Pour une équipe répartie sur plusieurs sites ou des prestations à l’extérieur, le pointage depuis le GSM ou une tablette partagée évite d’installer du matériel à chaque adresse.
La biométrie, elle, mérite une vraie réflexion avant l’achat. En Belgique, l’Autorité de protection des données a une lecture stricte de l’empreinte digitale utilisée pour le simple suivi des heures, et la loi de 2027 ne change rien à cette contrainte. Nous avons fait le point dans notre guide sur la pointeuse biométrique en Belgique.
Notre retour du terrain, sur ce point précis : le matériel pèse rarement dans la réussite du projet. Ce qui fait la différence, c’est ce qui se passe après le pointage. Les heures arrivent-elles propres chez le secrétariat social, ou quelqu’un les recopie-t-il encore à la main en fin de mois ?
Prenons une chaîne de quatre boulangeries dans le Brabant wallon, 31 personnes au total. Si chaque vendeuse pointe sur la tablette du magasin, les écarts avec le planning remontent directement au responsable, qui valide en quelques clics, et l’export part vers le secrétariat social sans ressaisie. Sans cela, quelqu’un doit rapprocher quatre plannings papier et une trentaine de relevés d’heures à chaque fin de mois, et chaque recopie est une occasion d’erreur. C’est la logique de la solution de pointage Shyfter : le pointage n’est pas une fin en soi, c’est la première ligne de votre paie.
Trois mois, c’est court, mais largement suffisant si vous commencez par les bonnes questions. L’erreur qu’on rencontre le plus, c’est d’acheter un outil avant d’avoir fait l’inventaire de ses propres pratiques. Voici l’ordre qu’on recommande aux clients qui nous consultent.
Dans la pratique, le dernier point est celui qu’on saute. Et c’est dommage, parce qu’un mois de test révèle tout : l’étudiant qui oublie de pointer sa sortie, la pause non prise, le responsable qui corrige sans laisser de trace. Mieux vaut le découvrir en novembre qu’en mars, sous l’œil d’un inspecteur.
À retenir, enfin : un bon enregistrement protège aussi l’employeur. Le jour où un ancien travailleur réclame le paiement d’heures supplémentaires, c’est votre historique de pointage qui répond, pas votre bonne foi. Pour aller plus loin sur le cadre juridique et la méthode de déploiement, notre livre blanc sur l’enregistrement du temps de travail 2027 propose un plan en cinq étapes.
Vous voulez voir à quoi ressemble un système prêt pour 2027, avec vos propres horaires ? Demandez une démo gratuite de Shyfter : en 30 minutes, on vous montre le planning, le pointage et l’export vers votre secrétariat social.
Non. Le projet de loi impose un enregistrement objectif, fiable et accessible du temps de travail, pas un appareil précis. Une application de pointage sur smartphone ou un planning publié complété par un registre des dérogations peuvent convenir, à condition que les données soient fiables et consultables par le travailleur.
Oui. Le texte envisagé ne prévoit aucun seuil de taille : une entreprise de trois personnes est visée au même titre qu’un grand groupe. Les exceptions évoquées concernent certaines fonctions, comme le personnel de direction, les représentants de commerce ou les travailleurs itinérants.
L’entrée en vigueur annoncée est le 1er janvier 2027, avec une période de transition jusqu’au 31 mars 2027 pour les employeurs qui ne sont pas encore équipés. En septembre 2026, le texte n’est toutefois pas encore voté, et certaines modalités peuvent encore changer.
Le niveau des sanctions n’est pas encore fixé dans un texte voté, il faut donc se méfier des montants déjà annoncés. Le risque le plus concret reste le litige : sans historique fiable, l’employeur aura beaucoup de mal à contester une réclamation d’heures supplémentaires.