
Tout employeur en France doit tenir un registre unique du personnel. L'obligation date de 1973. Cinquante ans plus tard, on continue de voir des PME se faire sanctionner lors d'un simple contrôle de l'inspection du travail parce que ce registre, elles l'ont oublié dans un classeur, laissé incomplet, ou jamais réellement mis à jour depuis l'embauche du dernier CDI.
Chez Shyfter, on voit passer des dizaines de dossiers de gérants qui découvrent le sujet au moment où l'inspecteur appelle. Et c'est presque toujours la même scène : un registre papier entamé en 2017, trois stagiaires qui n'y figurent pas, deux extras de l'été dernier oubliés, une date de sortie qu'on n'a pas pensé à reporter.
Ce guide, c'est le condensé de ce qu'il faut vraiment savoir. Les règles, les pièges, et surtout : comment ne plus jamais vous faire avoir.
L'article L1221-13 du Code du travail est clair : un registre unique du personnel doit être tenu dans chaque établissement où sont employés des salariés. L'article D1221-23 précise les mentions obligatoires. L'article D8113-1 fixe l'amende en cas de manquement.
Le principe tient en une phrase. Chaque personne qui travaille sous votre responsabilité doit y figurer, dans l'ordre chronologique d'embauche, avec des informations précises, et les mentions doivent y rester pendant cinq ans après le départ du salarié.
Ce qu'on retient rarement, c'est la granularité exigée. Le RUP ne se limite pas à vos CDI. Il englobe les CDD, les contrats d'apprentissage, les contrats de professionnalisation, les stagiaires, les intérimaires mis à disposition, les salariés détachés par une entreprise étrangère, et même les extras en CDD d'usage. Si quelqu'un entre dans votre établissement pour travailler, il entre aussi sur votre registre.
Un détail que l'inspection du travail regarde de près : l'ordre chronologique est une obligation, pas une suggestion. Un registre réorganisé par ordre alphabétique ou par service n'est plus conforme. On l'oublie souvent quand on passe d'un fichier Excel mal tenu à une solution propre.
Toutes les entreprises, dès le premier salarié. Pas de seuil d'effectif, pas de distinction de secteur, pas d'exonération pour les PME.
Seuls les particuliers employeurs sont dispensés. Concrètement, si vous êtes gérant d'un restaurant, d'un magasin, d'une clinique vétérinaire, d'une petite boulangerie ou d'un atelier d'artisan avec ne serait-ce qu'un apprenti, vous avez l'obligation. Même si vous n'avez qu'un salarié à temps partiel.
L'obligation s'apprécie par établissement, pas par entreprise. Si votre SARL pilote trois points de vente à Lyon, Villeurbanne et Saint-Étienne, il vous faut trois registres distincts. Chaque établissement a le sien, tenu sur place, immédiatement consultable. Mutualiser sur un siège social est tentant, c'est aussi la porte ouverte à un PV.
Le registre doit comporter pour chaque personne présente :
À cela s'ajoutent des mentions spécifiques selon le statut. Un apprenti ? Vous indiquez la nature du contrat et le nom du CFA. Un salarié étranger ? Il faut le numéro d'ordre du titre de séjour, pas le titre lui-même. Un salarié mis à disposition par une entreprise de travail temporaire ? Vous ajoutez le nom et l'adresse de l'ETT ainsi que le motif du recours à l'intérim. Pour les stagiaires, on ne parle pas de date de sortie mais de durée du stage.
Un point qu'on voit rater tout le temps : la date de sortie doit être reportée le jour même du départ. Pas dans les trente jours, pas à la fin du mois. Le jour même. Un registre qui conserve un salarié parti il y a deux semaines sans mention de sortie est considéré comme non à jour.
Et ce qu'on oublie souvent, c'est que la tenue du registre concerne aussi les stagiaires dans une section distincte, tenue exactement dans le même document, avec leurs propres mentions : nom, prénoms, sexe, dates de début et de fin de la convention, nom et prénoms du tuteur, lieu de présence.
La forme est libre. Le Code du travail n'impose ni le papier, ni l'informatique. Ce qui compte, c'est que le registre soit consultable immédiatement par un agent de contrôle (inspection du travail, URSSAF, gendarmerie, officier de police judiciaire) sur son simple passage.
En pratique, trois formats cohabitent encore :
Le registre papier traditionnel, sous forme de cahier relié. Simple, mais fragile. Il s'égare, se tache, se recopie mal. Un cafetier marseillais de 9 salariés nous disait l'été dernier qu'il avait perdu son registre dans un déménagement de stock : six heures à reconstituer les entrées-sorties de deux années à partir des DPAE et des fiches de paie. Six heures de travail qu'il facture cher à ses clients.
Le fichier Excel partagé sur Drive ou OneDrive. Plus souple, mais il repose sur une hygiène de saisie qui tient rarement la distance dans une PME. L'équipe change, la personne qui tenait le fichier part, et on se retrouve avec trois versions concurrentes.
Le registre numérique intégré à un outil de gestion du personnel. Le registre se met à jour tout seul au fur et à mesure des embauches, des fins de contrat, des déclarations d'extras. Vous exportez un PDF horodaté à la demande. En cas de contrôle, vous sortez le document depuis votre téléphone, même depuis la salle du restaurant.
Concrètement, pour les établissements qui dépassent quinze salariés avec des extras, des stagiaires et de l'intérim, la tenue manuelle devient intenable. C'est pour ça que les solutions de gestion des équipes intègrent désormais un RUP généré en temps réel.
Une précision légale importante : en cas de support numérique, il faut garantir l'intégrité du fichier et sa traçabilité. Un simple fichier Excel modifiable sans trace ne satisfait pas pleinement cette exigence. Les outils spécialisés, eux, horodatent chaque modification.
On parle souvent du RUP comme d'une obligation théorique. Les chiffres disent autre chose.
L'absence de registre ou un registre non conforme expose l'employeur à une amende de 4e classe, soit 750 euros par salarié concerné. Les manquements se cumulent : vingt salariés manquants, c'est jusqu'à 15 000 euros. L'article R1227-7 du Code du travail fixe la sanction. L'article D8113-1 organise le cadre.
Les contrôles ne sont pas théoriques non plus. Selon le bilan 2023 de la DGT (Direction générale du travail), plus de 270 000 interventions ont été réalisées par les agents de l'inspection du travail en France, dont une grande part concerne des TPE et PME des secteurs de l'hôtellerie-restauration, du commerce et du BTP. Le RUP est l'un des premiers documents demandés. Non conforme, l'inspecteur le note. Répété, c'est la sanction.
Un cas qu'on a vu passer : une chaîne de cinq brasseries en Île-de-France a écopé de 6 750 euros cumulés après un contrôle coordonné sur deux établissements à Paris 11e et Montreuil. Neuf extras de l'été non inscrits dans l'un, quatre dates de sortie jamais reportées dans l'autre. Le tout sur un registre Excel que personne ne mettait vraiment à jour.
Ajoutez à cela le risque URSSAF sur le travail dissimulé en cas d'extra non inscrit. Là, on ne parle plus de centaines mais de milliers d'euros de redressement par personne, plus les majorations.
L'erreur qu'on rencontre le plus, c'est de traiter le registre comme une corvée administrative à faire en fin de trimestre. En réalité, il se tient au fil de l'eau, ou il ne se tient pas.
Premier réflexe : automatiser l'entrée. Chaque DPAE transmise à l'URSSAF contient déjà la plupart des informations nécessaires. Un bon outil récupère la DPAE et pré-remplit le registre. Plus de double saisie. Plus de risque d'oubli.
Deuxième réflexe : automatiser la sortie. La date de fin d'un CDD est connue à la signature. La fin d'une mission d'intérim aussi. Un outil de gestion des plannings comme Shyfter reporte la sortie automatiquement, le jour même. Vous ne faites rien. Le registre reste conforme.
Troisième réflexe : intégrer les extras. Dans l'horeca, le catering, l'événementiel, les extras en CDD d'usage sont le talon d'Achille du registre. Un outil qui traite la planification et le pointage gère aussi l'inscription automatique au RUP. Pas d'extra oublié, pas d'amende potentielle de 750 euros.
Quatrième réflexe : vérifier tous les six mois. Une fois par semestre, un responsable RH ou le gérant imprime le registre, le compare à la liste des salariés payés sur la période, et corrige les éventuels écarts. Trente minutes, deux fois par an. Ça suffit.
Pour aller plus loin sur les obligations légales connexes, notre article sur l'affichage obligatoire en entreprise détaille ce qui doit être affiché en plus du registre. Et si vous gérez un établissement en horeca, le guide sur la convention collective HCR complète utilement le sujet. Pour la partie pointage et suivi du temps, le point sur la réglementation de la badgeuse en entreprise explique ce que vous pouvez et ne pouvez pas imposer.
Si vous pilotez plusieurs points de vente, vous avez autant de RUP que d'établissements. Pas un registre central. Pas un fichier unique consolidé. Un par site.
Un Carrefour Market à Toulouse, un second à Montauban et un troisième à Albi appartenant à la même société d'exploitation ? Trois registres, chacun consultable immédiatement sur son site. Si un agent passe à Albi, il ne peut pas attendre que vous lui envoyiez un export depuis Toulouse.
C'est la raison pour laquelle les outils de gestion centralisés cloisonnent les données par établissement. Un bon outil permet à chaque gérant de consulter son RUP depuis son écran, tout en permettant au siège de voir l'ensemble pour piloter. Cette séparation est une exigence légale, pas un confort technique.
Le registre unique du personnel n'est pas un document qu'on construit une fois. C'est un flux. Chaque embauche, chaque fin de contrat, chaque extra, chaque stagiaire le met à jour. Si vous bloquez ce flux sur une intervention manuelle, vous perdez, tôt ou tard.
Une PME qui tient son RUP correctement, ce n'est pas une PME qui passe du temps dessus. C'est une PME qui a mis en place un système qui le tient à sa place.
Le registre unique du personnel est-il obligatoire pour une entreprise de moins de 10 salariés ?
Oui, dès le premier salarié. Aucun seuil d'effectif n'exonère l'employeur. Une boulangerie avec un apprenti doit tenir un RUP.
Faut-il un registre par établissement ou un seul pour l'entreprise ?
Un par établissement. Chaque site où travaillent des salariés doit avoir son propre registre, consultable immédiatement sur place.
Peut-on tenir le registre uniquement sous format numérique ?
Oui, la forme est libre, à condition de garantir l'intégrité du document et qu'il soit consultable immédiatement par un agent de contrôle. Un outil spécialisé est plus sûr qu'un simple Excel.
Combien de temps doit-on conserver les mentions d'un salarié parti ?
Cinq ans après la date de sortie de l'établissement. Pendant cette durée, la ligne du salarié doit rester dans le registre, avec sa date de départ reportée.
Les stagiaires et les intérimaires figurent-ils sur le RUP ?
Oui. Les stagiaires dans une section distincte du même registre. Les intérimaires dans le RUP classique, avec mention de l'ETT et du motif du recours. Oublier ces populations est l'erreur la plus fréquente.
Quelle amende en cas de registre non conforme ?
750 euros par salarié concerné (amende de 4e classe). Les manquements se cumulent. Un registre incomplet sur vingt salariés peut coûter jusqu'à 15 000 euros.
Le RUP n'est pas la partie la plus passionnante de la gestion d'une PME. C'est aussi celle qui vous coûte le plus cher quand elle est négligée. Shyfter intègre le registre unique directement dans la plateforme de gestion du personnel : embauches, fins de contrat, extras, stagiaires, tout remonte automatiquement, avec horodatage légal. Vous exportez un PDF conforme en deux clics, depuis votre bureau ou depuis votre portable.
Demandez une démo gratuite et découvrez comment Shyfter tient votre RUP à jour sans que vous ayez à y penser. Si vous voulez d'abord structurer l'ensemble de la gestion de vos équipes, notre page sur l'application de gestion de planning donne une vue d'ensemble, et celle sur la gestion des congés complète la partie absences.