
Fin de mois, la variable de paie part demain, et vous avez sous les yeux trois sources qui ne disent pas la même chose : le planning prévu, les relevés de la badgeuse et ce que le responsable de salle a noté au dos d’un bon de commande. Combien d’heures supplémentaires, à quel taux, pour qui ? Ce tableau calcul heures supplémentaires sert à trancher en dix minutes, avec des chiffres que vous pourrez justifier si un salarié les conteste.
Vous trouverez ci-dessous le barème à appliquer, un modèle de tableau hebdomadaire déjà rempli, sa version mensuelle avec le cumul du contingent, et les erreurs qu’on voit le plus souvent passer en paie.
Tout part de l’article L3121-28 du Code du travail : chaque heure accomplie au-delà de la durée légale de 35 heures par semaine est une heure supplémentaire. Elle ouvre droit à une majoration de salaire ou, si un accord le prévoit, à un repos compensateur équivalent.
Le taux, lui, dépend de votre convention. L’article L3121-33 laisse un accord d’entreprise ou de branche fixer la majoration, avec un plancher de 10 %. À défaut d’accord, c’est l’article L3121-36 qui s’applique : 25 % pour chacune des huit premières heures supplémentaires de la semaine, 50 % à partir de la quarante-quatrième heure.
En hôtellerie-restauration, la convention HCR a son propre barème depuis l’avenant n° 2 du 5 février 2007. C’est celui qu’on rencontre le plus chez nos clients, alors voici les deux côte à côte :
| Heures dans la semaine | Barème légal (sans accord) | Convention HCR |
| De la 36e à la 39e heure | + 25 % | + 10 % |
| De la 40e à la 43e heure | + 25 % | + 20 % |
| À partir de la 44e heure | + 50 % | + 50 % |
| Contingent annuel par défaut | 220 heures (D3121-24) | fixé par la branche |
Avant de remplir quoi que ce soit, vérifiez donc votre convention collective. Une ligne mal paramétrée en haut du tableau fausse chaque bulletin du mois, et l’erreur se répète tant que personne ne relit.
Prenons un cas réel. Une vendeuse d’une boutique de prêt-à-porter à Bordeaux, payée 13,50 € brut de l’heure, dans une entreprise sans accord prévoyant un autre taux. Semaine de soldes : inventaire le mercredi soir, une collègue absente le vendredi.
| Jour | Horaires pointés | Pause | Heures effectives |
| Lundi | 9h00 - 17h30 | 30 min | 8,0 h |
| Mardi | 9h00 - 17h30 | 30 min | 8,0 h |
| Mercredi | 9h00 - 19h00 | 30 min | 9,5 h |
| Jeudi | 9h00 - 17h30 | 30 min | 8,0 h |
| Vendredi | 9h00 - 18h30 | 30 min | 9,0 h |
| Samedi | 10h00 - 13h30 | aucune | 3,5 h |
| Total semaine | 46,0 h |
Le calcul se fait ensuite en trois lignes. Concrètement :
| Tranche | Heures | Taux majoré | Montant |
| 36e à 43e heure (+ 25 %) | 8 h | 13,50 × 1,25 = 16,875 € | 135,00 € |
| 44e heure et au-delà (+ 50 %) | 3 h | 13,50 × 1,50 = 20,25 € | 60,75 € |
| Total heures supplémentaires | 11 h | 195,75 € |
Sur ces 195,75 €, la seule majoration pèse 47,25 € (8 × 3,375 € plus 3 × 6,75 €). C’est ce montant qui disparaît quand quelqu’un paie les heures en plus « au taux normal ». Et ça arrive plus souvent qu’on ne le croit.
L’article L3121-29 tient en une phrase : les heures supplémentaires se décomptent par semaine. Pas par mois, pas par quinzaine. Une semaine creuse ne compense donc pas une semaine chargée, sauf si un accord d’aménagement du temps de travail le prévoit expressément.
C’est l’erreur qu’on rencontre le plus chez Shyfter, et de loin : le gérant additionne les heures du mois, les compare à la base mensuelle de 151,67 heures et ne paie que l’écart, soit 9,33 heures au lieu de 21. Faux, et coûteux. Voici le même mois pour notre vendeuse bordelaise, décompté correctement :
| Semaine | Heures effectuées | Heures sup | Dont à 25 % | Dont à 50 % | Montant | Cumul contingent |
| S1 | 46 h | 11 h | 8 h | 3 h | 195,75 € | 11 h |
| S2 | 38 h | 3 h | 3 h | 0 h | 50,63 € | 14 h |
| S3 | 35 h | 0 h | 0 h | 0 h | 0,00 € | 14 h |
| S4 | 42 h | 7 h | 7 h | 0 h | 118,13 € | 21 h |
| Mois | 161 h | 21 h | 18 h | 3 h | 364,51 € | 21 h / 220 |
La semaine 3 à 35 heures n’efface rien. Les 21 heures sont dues, majorées semaine par semaine, et elles viennent s’imputer sur le contingent annuel. À ce rythme, la salariée atteindrait les 220 heures en un peu moins de onze mois.
Ce qui se passe au-delà du contingent mérite une colonne à part. L’article L3121-33 impose une contrepartie obligatoire en repos d’au moins 50 % des heures dépassées dans les entreprises de vingt salariés au plus, et de 100 % au-dessus. Pour le détail, voyez notre article sur le repos compensateur.
Changeons de décor. Une brasserie de 40 couverts dans le 6e arrondissement de Lyon emploie un cuisinier à 13,00 € brut de l’heure, sous contrat à 39 heures. Semaine de Fête des Lumières, il en fait 45.
Avec le barème HCR, le tableau donne : 4 heures de la 36e à la 39e à 14,30 € (57,20 €), 4 heures de la 40e à la 43e à 15,60 € (62,40 €), puis 2 heures à partir de la 44e à 19,50 € (39,00 €). Total : 158,60 € pour 10 heures supplémentaires.
Mais attention au piège du contrat à 39 heures. Les quatre premières heures ne sont pas des heures « en plus » : elles sont structurelles, déjà intégrées au salaire mensuel sur la base de 17,33 heures majorées à 10 % par mois (4 × 52 / 12). Si votre tableau les paie une deuxième fois, vous payez double. S’il les oublie dans le mensuel, vous sous-payez chaque mois. Les deux erreurs existent ; la seconde finit devant les prud’hommes.
Le tableau n’a de valeur que s’il repose sur des heures réellement enregistrées. L’article D3171-8 l’exige d’ailleurs dès que vos salariés ne suivent pas tous le même horaire collectif affiché, ce qui est le cas de quasiment tout commerce ou restaurant : enregistrement quotidien des heures de début et de fin, puis récapitulatif hebdomadaire. Les colonnes minimales à prévoir :
Ajoutez une colonne « source » si vous croisez plusieurs relevés. Notre retour du terrain : c’est la colonne qui évite les disputes, parce qu’elle dit d’où vient le chiffre.
Gardez aussi en tête la question de la preuve. En cas de litige, l’article L3171-4 demande à l’employeur de fournir au juge les éléments justifiant les horaires effectivement réalisés. Et l’action en paiement du salaire se prescrit par trois ans (L3245-1). Faites le calcul sur une petite supérette lilloise qui aurait payé quatre heures supplémentaires par semaine sans la majoration de 25 % : 4 × 3,375 € × 47 semaines × 3 ans, soit 1 903,50 € de rappel pour un seul salarié. Multipliez par l’équipe.
Deux chiffres à connaître pour expliquer la ligne de paie au salarié. Les heures supplémentaires bénéficient d’une réduction de cotisations salariales dans la limite de 11,31 %, et elles sont exonérées d’impôt sur le revenu jusqu’à 7 500 € par an, selon Service-Public.fr. Côté plancher, le Smic horaire brut est de 12,31 € (arrêté du 22 mai 2026) : un taux horaire de base sous ce montant fausse toute la colonne des majorations.
Autre point, plus pratique. Un tableau Excel tient bien pour trois ou quatre salariés à horaires stables. Au-delà, chaque correction rétroactive (un badge oublié, un échange de shift accepté le dimanche soir) oblige à recalculer la semaine entière, puis le cumul du contingent, puis le montant. C’est là que les erreurs s’installent. Mais faut-il vraiment tout ressaisir à la main chaque mois ?
Dans Shyfter, les heures enregistrées par le pointage digital alimentent directement le décompte, et le module de suivi des heures supplémentaires les calcule dès la fin du service selon les règles paramétrées pour chaque contrat. Le manager valide ou corrige les dépassements juste après le shift, les compteurs se mettent à jour seuls, et l’export part vers votre gestionnaire de paie en un clic. Les écarts entre planning prévu et heures réelles apparaissent avant la clôture, pas après. Pour la méthode de calcul pas à pas, notre guide sur le calcul des heures supplémentaires reprend chaque cas ; et si vos salariés sont à temps partiel, lisez plutôt celui sur les heures complémentaires, qui obéissent à d’autres règles.
Vous voulez voir le décompte tourner sur vos propres plannings ? Réservez une démo gratuite : on reprend un de vos mois réels et on compare avec votre tableau actuel.
Par semaine, selon l’article L3121-29 du Code du travail. Une semaine à 35 heures ne compense pas une semaine à 46 heures, sauf accord d’aménagement du temps de travail sur plusieurs semaines ou sur l’année. Votre tableau doit donc isoler chaque semaine avant de faire un total mensuel.
Le barème légal de l’article L3121-36 : plus 25 % pour les huit premières heures supplémentaires de la semaine, plus 50 % à partir de la quarante-quatrième heure. Un accord d’entreprise ou de branche peut prévoir un autre taux, sans descendre sous 10 %.
Non pour les quatre heures structurelles, qui sont déjà payées dans le salaire mensuel sur la base de 17,33 heures majorées. Seules les heures au-delà de 39 dans la semaine s’ajoutent au tableau. Les compter deux fois revient à payer double, les oublier dans le mensuel revient à sous-payer.
Au moins trois ans, puisque l’action en paiement du salaire se prescrit par trois ans selon l’article L3245-1. En cas de litige, c’est à l’employeur de fournir les éléments justifiant les horaires réellement effectués. Gardez donc le tableau avec les relevés de pointage qui l’alimentent.